Luc Broussy – Eléments de réflexion – Filière Silver Economie

AUX MEMBRES DE LA FILIÈRE SILVER ÉCONOMIE

9 septembre 2019

Luc BROUSSY

Luc BROUSSY

Président de France Silver Eco – DG Ehpa Presse & Conseil

Mesdames, Messieurs, chers amis,

J’avais envie de vous faire partager en cette rentrée quelques éléments de réflexion sur ce que pourraient être les objectifs de notre Filière dans les prochains mois. Les thèmes qui nous occupent, vous les connaissez puisque vous êtes nombreux à avoir participé à l’un des trois chantiers que nous avons lancés :

  • Ville, urbanisme, territoires, mobilités avec Valérie Egloff, Pierre-Olivier Lefebvre et Florence Gilbert ;
  • Logement adapté avec Jean-Philippe Arnoux et Hervé Meunier ;
  • Innovations numériques dans le médico-social avec Laurent Levasseur et Jean-François Goglin.

auxquels il faut ajouter la task-force Innovation animée par Nicolas Menet.

Ces groupes se sont réunis et avancent. Certes de façon inégale mais nous veillerons à ce que toutes ces thématiques produisent des réflexions et des propositions d’ici la fin de l’année. Mais, au-delà de cette organisation, 3 objectifs me paraissent prioritaires pour les mois qui viennent :

1/ LA PRODUCTION DE PROPOSITIONS AUX POUVOIRS PUBLICS

Plus que jamais, et à quelques mois du dépôt d’un projet de loi Grand Âge en Conseil des Ministres, notre Filière se doit d’être force de propositions, notamment en glissant dans les interstices jusqu’ici insuffisamment explorés.

Je pense d’abord à la question numérique qui n’était pas au cœur du rapport Libault. Nous avons fait oeuvre utile en nous saisissant de ce dossier et en commandant à Marc Bourquin (FHF) et Jean-Pierre Aquino (SFGG) un rapport très riche en propositions. Deux me paraissent être devoir mises en exergue :

  • la création d’un « pack technologie » dans les établissements et services pour personnes âgées d’abord. Seule en effet la sanctuarisation dans une enveloppe dédiée d’une dotation publique dédiée à l’essor des nouvelles technologies dans les Saad, SSiad et Ehpad permettra aux professionnels de financer ces innovations.
  • La création d’un centre national de preuves ensuite permettant de trier le bon grain de l’ivraie dans une offre suffisamment foisonnante pour devenir au final par trop illisible.

Nous sommes allés présenter ce Rapport au Cabinet d’Agnès Buzyn début juillet : l’accueil qui a été réservé fut excellent. A nous désormais d’imposer dans le débat public ces deux mesures jusqu’à ce qu’elles trouvent leur place dans la future loi.

Le second rapport commandé par la Filière sortira ce 19 septembre. Il est le résultat des réflexions menées par le groupe de travail animé par Jean-Philippe Arnoux (Saint Gobain) et Hervé Meunier (Filien ADMR) sur les conditions d’un logement adapté. Là encore, il s’agit d’un des interstices que j’évoquais plus haut : un sujet qui se trouve en lisière des Ministères de la Santé et du Logement sans être prioritaires pour aucun des deux. A la Filière donc de s’en emparer pour mettre tout le monde autour de la table : bailleurs sociaux, artisans, offreurs de téléassistance, d’objets connectés, de mobiliers adaptés, services d’aide à domicile, élus locaux, CCAS…

Le 19 septembre, lors de notre Conseil national, nous publierons les recommandations que nous pensons utiles pour relancer le processus d’adaptation des logements.

En novembre, l’avocate Solenne Brugère et le philosophe Fabien Gzil, accompagnés par le Pr Berrut et Ghislaine Alajouanine, nous remettront leurs préconisations pour mieux comprendre les conséquences juridiques et éthiques de l’utilisation des innovations technologiques au service des personnes âgées. Occasion pour nous interroger collectivement sur des sujets extrêmement concrets (pose des caméras dans les chambres d’Ehpad, respect de l’intimité à domicile vs. dispositifs connectés, usage des données collectées…).

Enfin, Valérie Egloff, conseillère régionale de Normandie, et Pierre-Olivier Lefebvre, délégué général de Ville, amie des Aînés, nous feront part de leurs réflexions sur la Silver City, et ce, quelques mois avant les élections municipales de mars prochain.

Sur l’ensemble des sujets, les acteurs que nous sommes devons formaliser nos intentions, nos souhaits, nos préconisations afin d’influer sur le débat public. Nous avons commencé à le faire avec le rapport Bourquin-Aquino. Nous continuerons. A vous aussi, individuellement, de vous faire les porteurs sur les réseaux sociaux comme dans la vie réelle de ces idées.

2/ L’ANIMATION DES TERRITOIRES : LE NOUVEAU DÉFI DE LA FILIÈRE

En 2013, la création de la Filière Silver Economie fut une construction imaginée « d’en haut » par deux administrations centrales. Cela n’a donc pas fonctionné.. La Silver Economie a ceci de particulier, et de complexe, qu’elle doit être ancrée dans les territoires si elle veut être au plus près du bénéficiaire final qu’est la personne âgée. Le contrat de filière ne s’y était d’ailleurs pas trompé en édictant dès son article 1.1. la création de comités et de contrats de filières régionaux. Cet objectif s’est pas traduit là encore par un vif succès, peu de régions s’étant organisées efficacement pour structurer cet écosystème.

Je souhaite donc que nous fassions de la structuration locale de la Silver Economie un des objectifs prioritaires de notre Filière. La CNSA semble d’accord pour soutenir financièrement cette action consistant pour la Filière à organiser dans les 18 prochains mois un Tour de France des Régions. L’objectif ? Avoir à cette échéance dans toutes les régions de France une organisation solide autour de laquelle l’ensemble des acteurs pourront se retrouver et travailler ensemble.

Évidemment, il serait préférable que les Régions soient à chaque fois au cœur de cette structuration. Mais on ne peut plus faire fi désormais de tous les autres acteurs qui ont envie que ça bouge et qui ont un rôle structurant dans les territoires. Je pense d’abord aux échelons régionaux de grandes entreprises comme La Poste, la Caisse des Dépôts, le Crédit Agricole, la BPCE, les mutuelles etc… Je pense aux Métropoles qui sont de plus en plus nombreuses à s’investir dans ce domaine, mais aussi aux clusters, aux départements, aux CCI, aux Gérontopôles, aux CHU, aux fédérations sanitaires et médico-sociales ou encore aux dizaines de starts-up dont le rayon d’action est principalement local.

Ce chantier est exaltant. Il nous amènera à organiser un événement dans chacune des 13 régions métropolitaines en en confiant l’organisation aux acteurs locaux déjà identifiés. Dans deux ans, nous devrons être parvenus à une organisation territoriale qui regroupe tous les acteurs dans chaque territoire, le Conseil National de Filière jouant ainsi un rôle d’impulsion et de coordination.

3/ LA STRUCTURATION DU MARCHÉ SILVER ÉCONOMIE

Au-delà de notre capacité à proposer et de notre rôle d’animation territoriale, la Filière Silver Economie doit se fixer un 3ème et dernier objectif, probablement le plus complexe : trouver les voies et moyens de mieux structurer le marché et de mieux se faire rencontrer l’offre et la demande.

Cela passe évidemment par une demande solvable. Qui sont aujourd’hui les « acheteurs de solution » ? Les personnes âgées elles-mêmes certes mais aussi et surtout les intermédiaires que sont les collectivités locales, les groupes d’Ehpad ou hospitaliers, les mutuelles et autres organismes de protection sociale complémentaire ou d’assurances, les centrales d’achat… Ces acheteurs doivent être mieux organisés pour permettre que la commande publique et privée booste le marché. Notre proposition d’un pack technologie dans les Ehpad et Ssiad pourraient également participer de cet essor permettant une solvabilisation publique de l’offre.

Cela passe aussi par une meilleure organisation d’une offre victime aujourd’hui d’une atomisation telle que plus personne ne s’y retrouve. Le nombre de starts-up et de micro-entreprises est devenu si important qu’aucun acteur n’arrive à émerger pour proposer une solution au niveau national. Nous ne savons pas transformer nos « starts-up » en « licornes » ce qui nuit évidemment à la clarification que demande le marché.

Cela passe enfin par des innovations en matière de distribution. Comment et quand le consommateur final sera t-il en capacité de trouver dans les rayons de ses hypermarchés des solutions simples, accessibles, peu coûteuses ?

Sur tous ces objectifs concrets, nous devons aussi nous creuser les méninges car les avancées ne viendront pas ici des pouvoirs publics mais de nous-même acteurs de cet écosystème.

Voilà chers ami-e-s, les éléments que j’avais envie de soumettre à votre sagacité en cette rentrée de septembre. Formuler des propositions, animer et structurer les territoires, faire émerger les conditions d’un marché plus visible et lisible : voilà trois objectifs qui pourraient constituer notre agenda politique pour les mois qui viennent. N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

A bientôt,

Luc BROUSSY